L’IA dans les soins de santé progresse et révèle des lacunes juridiques en matière de dommages

Les progrès de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé ouvrent une nouvelle étape dans l’accès à l’information médicale et le suivi individuel des conditions cliniques. Des outils tels que ChatGPT Health deviennent progressivement disponibles au Brésil dans le but d'aider les utilisateurs à lire les examens, à intégrer les dossiers médicaux et à organiser les données liées aux applications de bien-être.

Malgré le potentiel d'élargir la compréhension de sa propre santé, l'utilisation de ces technologies a suscité des questions dans le domaine juridique, notamment en matière de responsabilité dans les situations dans lesquelles les patients adoptent des comportements basés exclusivement sur les recommandations fournies par des systèmes automatisés.

Un épisode récent aux États-Unis illustre le débat. Selon un article publié dans Annals of Internal Medicine – Clinical Cases, un homme de 60 ans a été hospitalisé après avoir développé une confusion mentale, des hallucinations et une intoxication grave après avoir remplacé le sel de table par du bromure de sodium. Cette conduite aurait été adoptée suite à une recommandation obtenue en interaction avec ChatGPT, qui classait le sel commun comme nocif pour la santé.

Pour Raul Canal, président de l'Anadem (Société brésilienne de droit médical et de bioéthique) et avocat spécialisé en droit médical, des situations comme celle-ci mettent en évidence une zone grise dans le système judiciaire. Selon lui, les plateformes d’IA n’effectuent ni diagnostic ni prescription, agissant comme des instruments de support informationnel. « D'un point de vue juridique, ces outils ne remplacent pas l'acte médical. La responsabilité directe de la technologie en cas de dommage se heurte donc encore à des limites importantes », affirme-t-il.

L'expert prévient que le scénario devient plus sensible étant donné la culture de l'automédication dans le pays. Une étude de l'Institut des sciences, technologies et qualité (ICTQ) montre que 90 % des Brésiliens admettent prendre eux-mêmes des médicaments. « La combinaison d’un accès facilité à l’information, d’une confiance excessive dans la technologie et de l’absence de cadres réglementaires spécifiques peut accroître les comportements à risque », observe-t-il.

Selon Canal, le débat réglementaire doit avancer pour établir des critères clairs de responsabilité, de protection des patients et de sécurité des soins, sans compromettre le développement technologique. « L'innovation est la bienvenue, mais elle doit être accompagnée de paramètres juridiques garantissant que les décisions cliniques se poursuivent sous la supervision d'un professionnel qualifié », conclut-il.