Par Rubens Covello
La santé mentale des professionnelles en soins est si pertinente qu’elle ne peut se limiter à un seul mois de sensibilisation. Son impact va au-delà des initiatives de sensibilisation spécifiques. C’est pour cette raison que j’ai laissé passer White January pour proposer quelque chose de plus ambitieux : transformer 2026 en une année entière d’engagement institutionnel dans la prise en charge psychosociale de ces travailleurs.
La consolidation d'une ligne de soins de santé mentale pour les professionnels de la santé vise à établir des normes d'excellence visant la gestion des risques psychosociaux, la prévention des troubles mentaux, le traitement approprié et le suivi continu des résultats. Cette ligne de soins peut être structurée autour de six piliers fondamentaux :
1. Gouvernance de la santé mentale
La gouvernance doit garantir des politiques institutionnelles claires, soutenues par des lignes directrices stratégiques et des programmes structurés de prévention, de diagnostic précoce et de soutien psychosocial. Il comprend l'intégration des principes de sécurité psychologique, de prévention du harcèlement, de la discrimination et des pratiques de travail néfastes, en plus d'exiger la participation active de la direction, avec des canaux de dialogue directs, des enquêtes sur le climat organisationnel et un accès confidentiel à un soutien psychologique d'urgence.
2. Environnement de travail sain
Ce pilier implique l’évaluation continue des infrastructures physiques et organisationnelles en mettant l’accent sur la réduction des risques psychosociaux. Cela comprend une ergonomie adéquate, des espaces de repos et de décompression, des programmes de pauses structurés, un contrôle du bruit, l'encouragement des pratiques de relaxation et une analyse stratégique de la charge de travail excessive, reconnue comme un facteur critique de maladie mentale.
3. Gestion des risques psychosociaux
Elle consiste à cartographier et classer les facteurs qui impactent le bien-être des professionnels, à l’aide d’instruments scientifiquement validés. Ces facteurs comprennent la surcharge de travail, un leadership dysfonctionnel, des environnements hautement compétitifs, une exposition continue à des événements traumatisants et des modèles de reconnaissance et de récompense inadéquats.
4. Promotion et prévention de la santé mentale
La promotion et la prévention de la santé mentale nécessitent des actions continues pour renforcer la résilience émotionnelle et le bien-être, avec une planification stratégique, la définition d'indicateurs de santé mentale, une analyse prédictive de l'absentéisme et une participation active des salariés à la construction de stratégies institutionnelles.
5. Gestion des protocoles de soins
Il s'agit de l'adoption de directives nationales et internationales, de la définition des flux décisionnels, de la gestion des crises, des plans de sécurité psychologique d'urgence, de la transition des soins et de la réadaptation psychosociale. Des protocoles bien structurés sont essentiels pour des réponses efficaces dans les situations d’urgence et favorisent une amélioration continue de l’assistance.
Indicateurs stratégiques
Parler de normes et de protocoles implique nécessairement de parler d'indicateurs. Parmi les indicateurs prioritaires, on distingue :
- absence pour cause de fatigue mentale;
- satisfaction à l'égard des espaces de repos;
- nombre de services psychologiques fournis;
- temps d'attente pour les soins;
- notifications de harcèlement et d’épuisement professionnel ;
- efficacité des interventions en cas de crise ;
- taux de retour au travail sans rechute ;
- réduction du présentéisme.
Prendre soin de la santé mentale des professionnels de santé n’est pas seulement un choix éthique, mais aussi une stratégie essentielle en matière de qualité, de sécurité et de durabilité. Si nous voulons des institutions plus sûres et plus humaines, il est temps d’aller au-delà des paroles et de transformer l’engagement en faveur de la santé mentale en pratique permanente. Que 2026 soit, en effet, le jalon de ce mouvement.
*Rubens Covello est associé fondateur et PDG de Quality Global Alliance (QGA), co-fondateur de HSO – Health Standards Organization et co-fondateur et vice-président de CBEXs – Collège brésilien des cadres de santé.