Par Thamires Cappello
Avec les progrès et les découvertes médicales, les médicaments contre l’obésité sont devenus à la mode ces dernières années. Selon les données de l'enquête Vigitel 2025/2026, publiées par le ministère de la Santé et l'Agência Brasil, l'obésité dans le pays a doublé en moins de deux décennies, atteignant 25,7 % de la population adulte, tandis que le surpoids touche déjà 62,6 % des Brésiliens. Face à ce scénario, la possibilité d'adopter une licence obligatoire est en cours de discussion, qui est un mécanisme prévu dans la loi sur la propriété industrielle (loi 9 279/1996) et dans les accords ADPIC/OMC, autorisé dans des situations d'intérêt public ou d'urgence nationale.
Cependant, dans le cas des médicaments de nouvelle génération, comme les « stylos minceur », les critères techniques pour de telles mesures au Brésil ont été durcis. La qualification de l’intérêt public doit donc être respectée par l’État, qui doit reconnaître formellement que le coût élevé et la faible accessibilité des médicaments constituent un obstacle à la santé publique. Ce n’est là qu’un des nombreux critères pris en compte pour ce renversement de licence.
Dans ce cas, un approvisionnement insuffisant ou des prix élevés de ces médicaments peuvent compromettre l’accès pour la majorité de la population, les rendant inaccessibles, augmentant ainsi les inégalités en matière de santé. Ceci est fait précisément pour éviter que des personnes non atteintes de la maladie consomment cette substance et souffrent de complications. Cependant, il est important de souligner que l'octroi de licences n'est pas une confiscation, car elle nécessite le paiement de redevances à l'inventeur original, garantissant une compensation financière pendant que la production locale répond à la demande interne. L'ensemble de ce processus se déroule sous la rigueur de la surveillance sanitaire, où l'ANVISA exige des tests pour garantir la qualité et l'efficacité des génériques ou biosimilaires produits par des tiers autorisés.
Au-delà des aspects juridiques et industriels, la viabilité de la contrefaçon de brevet dépend de la stratégie de sécurité de la chaîne d'approvisionnement. Dans le cas des médicaments contre l’obésité, le défi technique va au-delà du principe actif et s’étend aux dispositifs d’application, tels que les stylos injecteurs. Par conséquent, sans une infrastructure logistique et manufacturière capable de produire ces composants à grande échelle, l’octroi de licences risque de générer un « goulot d’étranglement de livraison », où le médicament existe en vrac, mais il n’existe aucun moyen sûr de l’administrer à la population.
Un autre facteur déterminant est le contexte de la diplomatie commerciale et des accords internationaux. Le recours aux licences obligatoires est étroitement surveillé par des organismes tels que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et peut générer des représailles commerciales de la part d'autres pays ou le désinvestissement des sociétés pharmaceutiques multinationales dans la recherche locale. Par conséquent, plusieurs réunions sont organisées pour des négociations volontaires. Avant de briser le droit du brevet, le gouvernement doit prouver qu’il a recherché des réductions de prix ou des partenariats de développement productif (PDP) et que l’entreprise a refusé de coopérer, faisant de la rupture du brevet la dernière ressource disponible pour éviter une crise sanitaire ou l’effondrement financier du système de santé.
En bref, pour que le brevet sur les stylos amaigrissants soit efficace au Brésil, il est essentiel que le pays surmonte le défi de la production et veille à ce que l'accès démocratisé ne compromette pas la sécurité des patients ou la stabilité des relations commerciales internationales. Ainsi, les licences obligatoires doivent être considérées comme une règle d’exception, utilisée uniquement lorsque l’innovation technologique et le marché ne remplissent pas leur fonction sociale, garantissant que le traitement d’une maladie chronique soit une réalité accessible et non un privilège restreint.
*Thamires Cappello est directeur juridique chez Voy et chercheur à l'USP Health Law Center.