Par Anísio Pinheiro
Le Brésil a enfin commencé à voir l'autisme dans le monde du travail – et cela change tout. La présence croissante de personnes atteintes de troubles du spectre autistique (TSA) dans les entreprises révèle un pays qui tente de progresser en matière d'inclusion, mais qui bute encore sur d'anciens mécanismes d'exclusion. Au centre de cette impasse se trouve l'expertise médicale de l'INSS, qui devrait être un pont, mais qui se transforme souvent en barrière.
La recherche de bénéfices liés aux TSA s’est considérablement accrue ces dernières années, suite à l’avancée des diagnostics et à une plus grande sensibilisation à la neurodiversité. Mais ce qui pourrait être un signe de maturité sociale se heurte à un entonnoir étroit : une part importante des demandes sont refusées. Non pas à cause de la fraude, mais à cause d’une logique experte qui insiste sur le fait de voir l’autisme sous un angle dépassé.
Le problème ne réside pas seulement dans les chiffres, mais dans la manière d’évaluer. Les personnes autistes sont confrontées à des défis sensoriels, sociaux et cognitifs qui ne correspondent pas au modèle traditionnel du « handicap total ». L’expertise ignore souvent que le travail peut être tout à fait possible – à condition qu’il existe des adaptations simples, comme des environnements moins bruyants, des routines prévisibles ou la possibilité de travailler à domicile. Au lieu de cela, nous constatons que ces besoins sont rejetés comme étant exagérés.
Un autre obstacle rarement évoqué est le manque de préparation technique des experts eux-mêmes pour faire face aux handicaps invisibles. Les TSA chez les adultes sont rarement évidents et de nombreux professionnels associent encore l’autisme uniquement à des comportements infantiles ou à des pathologies graves. Ce déficit de formation conduit à des évaluations superficielles, qui ne tiennent pas compte de la surcharge sensorielle, de l'épuisement social et des difficultés de communication, facteurs qui ont un impact direct sur la performance au travail.
La situation est aggravée par l’absence de protocoles spécifiques pour évaluer les TSA en milieu de travail. Sans lignes directrices claires, chaque expert adopte ses propres critères, ce qui entraîne des décisions incohérentes et une insécurité juridique. Dans un même État, deux travailleurs aux profils similaires peuvent aboutir à des conclusions complètement opposées. Ce manque de standardisation transforme l’expertise en une loterie, alors qu’elle devrait être un instrument technique et prévisible.
Les conséquences sont concrètes. Les poursuites judiciaires pour discrimination impliquant des personnes autistes se multiplient et le pays perd des milliards de dollars en productivité en gaspillant des talents qui pourraient apporter pleinement leur contribution. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà prévenu : exclure les personnes neurodivergentes coûte cher – pour les entreprises, pour l’État et pour la société.
Pendant ce temps, certaines organisations privées montrent que la voie existe. Les entreprises qui adoptent des politiques inclusives et des environnements préparés pour la neurodiversité connaissent une plus grande rétention et des équipes plus innovantes. Ce n'est pas de la charité ; C'est une stratégie. Si le secteur privé peut avancer, pourquoi l’État reste-t-il coincé dans des modèles dépassés ?
La réponse est de réformer l’expertise. Il ne s’agit pas d’assouplir les critères au point d’ouvrir la voie à des abus, mais de reconnaître que les TSA nécessitent une évaluation spécialisée. Une expertise multidisciplinaire, avec la participation de psychologues et de professionnels formés en neurodéveloppement, est une étape évidente. Il est également urgent d’intégrer l’information dans eSocial et d’accélérer les adaptations dans l’environnement de travail.
Le débat sur l’inclusion ne peut être réduit aux chiffres ou à la bureaucratie. Cela concerne la façon dont le pays perçoit ses citoyens. Le choix est simple : voulons-nous un système qui accueille la diversité ou un système qui l’exclut du marché du travail ?
En 2026, le Brésil est devant un miroir. La question qu’il renvoie est simple : proposons-nous des aménagements raisonnables ou déguisons-nous simplement la discrimination sous le sceau de l’expertise médicale.
*Anísio Pinheiro est médecin spécialisé en médecine légale et expertise médicale, il travaille comme expert judiciaire auprès du tribunal régional du travail de Ceará et président de l'Association brésilienne de médecine légale et d'expertise médicale (ABMLPM).