Longévité : La Complémentaire Santé devant le miroir démographique

Par Gilmara Espino

Une récente étude de l’Institut d’études complémentaires de santé (IESS) a mis en lumière des données qui, à première vue, semblent indiquer une inclusion croissante de la population la plus mature dans le système privé : entre 2015 et 2025, le nombre de bénéficiaires âgés de 50 ans ou plus dans les régimes de santé a augmenté de 20,6 %. Ce chiffre, bien qu’expressif, révèle un paradoxe complexe lorsqu’il est mis en perspective avec les transformations démographiques, économiques et réglementaires que traverse le Brésil. Une analyse approfondie des données suggère que l’industrie fonctionne sur un tapis roulant, luttant pour avancer alors que le sol se déplace à une vitesse encore plus grande.

Le premier point d’analyse qui ressort est la comparaison de la croissance des bénéficiaires avec le vieillissement général de la population. Selon le recensement IBGE 2022, le nombre de Brésiliens âgés de 65 ans ou plus a augmenté de 57,4 % en seulement 12 ans. Cette inadéquation entre les taux de croissance est la clé pour comprendre l’ampleur du défi. Alors que le nombre absolu de personnes âgées bénéficiant de soins complémentaires augmente, la couverture relative du secteur n’augmente pas dans les mêmes proportions. Les estimations indiquent qu’environ trois personnes âgées sur quatre au Brésil dépendent exclusivement du SUS, ce qui met en évidence les limites structurelles de l’expansion privée.

La toile de fond de cette dynamique est l’architecture financière des soins de santé complémentaires elle-même. Le modèle est historiquement basé sur le principe de mutualisme, où une large base de jeunes bénéficiaires contribue à équilibrer les coûts d'assistance plus élevés de la population âgée. Cependant, la réalité démographique brésilienne impose une pression croissante sur ce modèle. Avec un taux de fécondité de seulement 1,57 enfant par femme en 2023 et la projection selon laquelle la population totale du pays commencera à décliner à partir de 2041, la stratégie consistant à maintenir le système avec une base de jeunes en constante expansion devient mathématiquement discutable. La pyramide des âges brésilienne s’inverse de manière irréversible.

C’est une réalité actuarielle : les coûts des soins de santé augmentent avec l’âge. Les données sectorielles montrent que la dépense moyenne par bénéficiaire de plus de 59 ans est le double de celle des personnes âgées de 54 à 58 ans. Ce facteur économique est au cœur de l’équation de durabilité des opérateurs. Il est intéressant de noter que des données récentes de l'Agence nationale complémentaire de santé (ANS) indiquent une période de redressement financier pour le secteur, avec un bénéfice net de 17,9 milliards de reais au cours des neuf premiers mois de 2025 et une baisse du taux global d'accidents à 81,9 %, le taux le plus bas depuis 2021. Cela suggère que la gestion des coûts et la recomposition des redevances mensuelles ont été efficaces.

En janvier 2026, le secteur de la santé a atteint le cap des 53 millions de bénéficiaires, soit une augmentation de plus d'un million de vies en 12 mois. Ce chiffre cache cependant un taux de turnover très élevé de 28,34% sur la période. Cela signifie que pour chaque nouveau bénéficiaire qui entre, un autre sort, ce qui indique une clientèle volatile et une concurrence féroce, très dépendante des cycles d'emploi formels, qui ont ajouté 1,7 million de postes vacants entre janvier et septembre 2025. L'instabilité de ce portefeuille reflète la vulnérabilité structurelle du modèle.

Parallèlement au redressement financier des opérateurs, on observe un phénomène qui constitue un signal d'alarme : les frictions à la pointe. En 2025, les plaintes des consommateurs contre les régimes de santé ont atteint leur niveau le plus élevé depuis 12 ans, avec près de 35 000 plaintes enregistrées, selon le Secrétariat national de la consommation (Senacon). La principale source d'insatisfaction, représentant 76 % des cas, était le refus de couverture. Ce paradoxe – un secteur financièrement plus sain mais avec un pic d’insatisfaction des clients – suggère que la recherche d’efficacité et de contrôle des coûts pourrait générer des frictions importantes dans la prestation de services.

La question démographique devient encore plus pressante. L'espérance de vie au Brésil a atteint un record de 76,6 ans en 2024, et la population âgée de 60 ans et plus s'élève désormais à 34,1 millions de personnes. De nouvelles données de l'IBGE montrent qu'une personne âgée sur quatre est restée active sur le marché du travail en 2024, ce qui pourrait prolonger son séjour dans les régimes collectifs d'entreprise, mais souligne également la nécessité de revenus supplémentaires pour couvrir les dépenses de santé. Cette population économiquement active, mais vieillissante, représente un segment stratégique pour le secteur. L’ensemble de ce scénario se déroule au milieu d’un débat politique et réglementaire intense.

L'élaboration du projet de loi 7419/2006, qui propose une vaste réforme de la loi sur les plans de santé, met à l'ordre du jour des questions sensibles telles que l'interdiction de la résiliation unilatérale des contrats pour les personnes âgées et l'imposition de nouvelles limites pour les réajustements par tranche d'âge. Des propositions telles que le PL 2 036/2024, déjà approuvées par la commission sénatoriale des droits de l'homme, visent à accroître la protection des consommateurs âgés. L’avancement de telles mesures se heurte directement à la logique actuarielle de la tarification des risques. Le secteur affirme que de telles mesures pourraient conduire à une augmentation générale des frais mensuels pour l’ensemble de la base de bénéficiaires, rendant ainsi l’accès au système encore plus restreint.

Dans ce contexte, des études telles que l’IESS sont des éléments importants du débat. En mettant en avant la croissance des coûts de soins liée au vieillissement, ils apportent au débat le point de vue du secteur, arguant que la pérennité du système dépend d'un équilibre délicat entre les revenus, les dépenses et la composition du portefeuille des bénéficiaires. La discussion dépasse donc une simple analyse de la croissance du marché et approfondit les choix complexes et difficiles que le Brésil devra faire.

Un trilemme difficile se profile à l’horizon : comment garantir la protection et l’accès des consommateurs, en particulier des personnes âgées ; s’adapter à une transformation démographique accélérée ; et assurer la viabilité financière des opérateurs. La réponse ne viendra pas d’une seule loi ou d’une seule perspective. Cela nécessitera des mécanismes de financement innovants, des modèles de plans plus flexibles et une transparence radicale dans la communication entre les opérateurs, les prestataires, les régulateurs et les bénéficiaires. La longévité est une réussite sociale importante, mais son financement constitue le véritable défi structurel auquel le Brésil doit faire face de toute urgence.


*Gilmara Espino est professeur du MBA en gestion de la santé à l'Institut de recherche et d'éducation D'Or et présidente du GPeS Comunicamos Saúde.