Par Antonio José Gonçalves
Nous vivons à une époque où des millions de Brésiliens cherchent des réponses en matière de santé sur les réseaux sociaux avant même de consulter un médecin. La facilité d’accès à l’information a apporté des avantages, mais elle a également ouvert la voie à un phénomène inquiétant : le remplacement des preuves scientifiques par la logique de l’engagement.
Aujourd’hui, de nombreux influenceurs numériques acquièrent une énorme crédibilité auprès du public sans aucun engagement sur des critères techniques. Dans plusieurs cas, les recommandations concernant les médicaments, les suppléments, les traitements et les tests sont présentées comme des vérités absolues, alors qu'en réalité elles servent des intérêts commerciaux ou d'autopromotion.
Il ne s’agit pas de condamner les réseaux sociaux ni de disqualifier tous les créateurs de contenus. Il existe des professionnels sérieux qui utilisent ces plateformes pour promouvoir une éducation sanitaire de qualité. Le problème réside dans la difficulté croissante pour les citoyens de distinguer une information fiable d’une publicité déguisée en avis médical.
Lorsque les intérêts économiques l’emportent sur l’engagement en faveur de la science, le plus grand perdant est le patient. La promotion de traitements non éprouvés, la banalisation des diagnostics, la création de fausses attentes et l’encouragement de l’automédication mettent des vies en danger et érodent la confiance dans la médecine fondée sur des preuves.
La santé ne peut pas être traitée comme un produit standard ou comme un outil permettant d’accumuler des adeptes. Les connaissances médicales se construisent grâce à la recherche, à l’examen scientifique et à la mise à jour permanente. Aucune vidéo de quelques secondes ne remplace des années de formation, d’expérience clinique et de responsabilité éthique.
Il faut également discuter de la responsabilité des plateformes numériques. Les algorithmes ont tendance à récompenser les contenus sensationnalistes, même lorsqu’ils manquent de fondement scientifique. Les informations fausses ou déformées parviennent à des millions de personnes en quelques heures, alors que les corrections techniques ont rarement la même visibilité.
Défendre la liberté d’expression ne signifie pas accepter la propagation de la désinformation sur la santé. La transparence concernant les conflits d'intérêts doit être la règle, notamment lors de la promotion de produits ou de services ayant un impact potentiel sur les décisions médicales.
En tant que président de l'Associação Paulista de Medicina (APM), je crois que nous devons renforcer l'éducation sanitaire, valoriser les informations produites par des sources fiables et élargir la lutte contre la désinformation. Les citoyens ont le droit de savoir quand une recommandation est fondée sur les meilleures preuves scientifiques disponibles et quand elle peut être influencée par des intérêts financiers.
La confiance entre médecin et patient reste l’un des piliers d’une bonne pratique médicale. Le préserver exige la responsabilité de tous : des professionnels, des autorités, des plateformes numériques et aussi de ceux qui exercent une influence sur des millions de Brésiliens. Dans le domaine de la santé, la crédibilité ne peut pas être mesurée par le nombre d’adeptes, mais par la cohérence des preuves et l’engagement non négociable envers la vie.
*Antonio José Gonçalves est président de l'Associação Paulista de Medicina et professeur titulaire à la Faculté des Sciences Médicales de Santa Casa de São Paulo.