Par Gabrielle Andrés Brandão
Une intervention chirurgicale qui ne produit pas le résultat escompté, une cicatrice qui provoque une insatisfaction, une complication après une intervention ou une réaction inattendue à un traitement peuvent amener le patient à se demander s'il n'y a pas eu une erreur médicale. Toutefois, un résultat indésirable ne signifie pas en soi qu’il existe un droit à indemnisation.
Cette différenciation est importante car la médecine implique des risques, des réponses individuelles et des complications possibles qui peuvent survenir même lorsque le professionnel agit conformément aux soins techniques attendus.
Tout au long de mon travail en droit médical, j'ai observé que de nombreuses situations commencent précisément par une confusion entre ce qui constitue une complication possible et ce qui peut, en fait, représenter un échec dans la prestation des soins.
La complication n’est pas synonyme d’erreur médicale
Une complication peut survenir même lorsque toutes les mesures appropriées ont été prises. Les infections, les effets indésirables, les modifications des cicatrices et d'autres complications peuvent faire partie des risques connus de certaines procédures.
L’existence d’une complication ne permet donc pas automatiquement de conclure à une erreur médicale.
Il est nécessaire d'analyser le contexte de cette prise en charge : quels étaient les risques encourus, quelle information a été fournie au patient, quels soins ont été adoptés et comment le professionnel a géré la situation après la survenance de l'incident.
L’analyse ne s’arrête donc pas lorsqu’un problème apparaît. Il est également nécessaire de vérifier si le diagnostic, la surveillance et le traitement ont été adéquats.
Cela signifie qu'une complication peut être une conséquence possible de la procédure elle-même, mais la manière dont le professionnel y réagit peut également être pertinente pour l'analyse d'une éventuelle responsabilité.
Qu’est-ce qui caractérise une éventuelle responsabilité médicale ?
Pour évaluer s’il y a une responsabilité, il ne suffit pas de signaler que quelque chose s’est mal passé. Il est nécessaire de reconstituer ce qui s’est passé et d’analyser le comportement concret adopté par le professionnel.
En règle générale, la responsabilité personnelle du médecin dépend de la démonstration d'une faute, caractérisée par une négligence, une imprudence ou une faute professionnelle, telle qu'établie à l'article 14, § 4, du Code de la protection de la consommation.
En pratique, cela signifie qu'il est nécessaire de vérifier s'il y a eu un comportement inapproprié, si ce comportement a causé le dommage allégué et s'il existe une relation entre la performance professionnelle et le résultat présenté.
Cette analyse peut être particulièrement pertinente dans les procédures esthétiques. Dans ces cas-là, la manière dont le résultat est présenté au patient, y compris lors de la publicité et de la consultation, peut être importante dans le débat sur la responsabilité.
Des résultats prometteurs qui ne peuvent être garantis ou des attentes incompatibles avec les possibilités réelles de la procédure peuvent générer des conflits ultérieurs. Par conséquent, l’alignement des attentes doit faire partie du service lui-même.
L'importance de la documentation
Dans une discussion judiciaire ou éthique, la documentation des soins peut être essentielle pour reconstituer les faits.
Les dossiers médicaux, les examens, les formulaires de consentement, les dossiers de suivi, les instructions fournies au patient et la documentation relative à la procédure aident à démontrer comment le cas a été traité.
Le dossier médical ne doit pas être considéré comme une simple exigence bureaucratique. Il enregistre l'évolution du service et permet d'identifier quelles informations ont été fournies, quelles décisions ont été prises, quelles complications sont survenues et quelles mesures ont été adoptées.
Il est également important que les enregistrements soient effectués en même temps que le service. S'il est nécessaire de compléter ultérieurement des informations, cela doit se faire au moyen d'une nouvelle note, dûment datée, et non en modifiant l'historique original.
Le formulaire de consentement empêche-t-il une indemnisation ?
Non.
Le formulaire de consentement est un outil important pour enregistrer que le patient a reçu des informations sur la procédure, ses risques, ses avantages, ses alternatives et ses conséquences possibles. Toutefois, votre signature ne signifie pas que le patient a renoncé à ses droits.
Un formulaire de consentement ne fonctionne pas non plus comme une autorisation pour une conduite inappropriée.
En revanche, l’existence d’un risque effectivement informé du patient peut être pertinente pour différencier une complication connue inhérente à l’intervention d’un éventuel échec professionnel.
Par conséquent, il est plus important que d’utiliser un document générique de s’assurer que le consentement est spécifique à la procédure effectuée et que le patient ait une réelle opportunité de comprendre les informations et de clarifier ses doutes.
Quand un résultat peut-il donner lieu à une compensation ?
Il n’existe pas de tableau selon lequel un certain mauvais résultat génère automatiquement une compensation.
La possibilité d'une responsabilité dépend des circonstances spécifiques et de l'analyse des éléments juridiques impliqués. Il convient d'apprécier le préjudice allégué, le comportement du professionnel, l'existence d'une faute et le lien entre ce comportement et le résultat.
Dans certains cas, cette analyse dépendra également d’une évaluation ou d’une expertise médicale.
L’expertise peut être importante précisément pour clarifier des questions auxquelles on ne peut répondre uniquement d’un point de vue juridique : ce résultat était-il une possible complication ? L’intervention a-t-elle été réalisée selon la technique attendue ? Y a-t-il eu une erreur de conduite ? Les dégâts auraient-ils pu être évités ?
Le droit médical se situe précisément à cette interface entre l’analyse juridique et la compréhension technique de la médecine.
Que doit faire un patient s’il pense qu’il y a eu une erreur ?
Face à un résultat insatisfaisant ou à une complication, il est recommandé d’éviter des conclusions hâtives.
La première étape consiste à rassembler la documentation relative au service : dossiers médicaux, examens, ordonnances, conditions signées, dossiers de suivi et autres documents pertinents.
Le patient peut également demander une deuxième évaluation médicale pour comprendre techniquement ce qui s’est passé.
Ce n’est qu’après cette analyse qu’il sera possible d’évaluer, avec plus de certitude, s’il existe des éléments qui indiquent un éventuel échec professionnel et, par conséquent, la nécessité d’une orientation juridique.
La recherche d’informations est importante car toute insatisfaction ne constitue pas un préjudice résultant d’un comportement inapproprié.
Comment le médecin peut-il se protéger ?
La meilleure forme de protection pour les médecins commence avant même les plaintes.
Un service techniquement adéquat doit être accompagné d’une documentation tout aussi adéquate. Après tout, des années plus tard, en cas de discussion juridique ou éthique, la mémoire du professionnel ne sera pas suffisante pour reconstituer tous les détails d'une prestation.
Parmi les principales précautions figurent :
Tenir un dossier médical complet et contemporain : consigner l'anamnèse, l'examen physique, les hypothèses, les examens demandés, la conduite, les consignes et l'évolution du patient.
Utilisez des conditions de consentement spécifiques : le document doit être compatible avec la procédure et couvrir les risques pertinents, les alternatives et les soins nécessaires dans la période ultérieure.
Aligner les attentes : il est important d’expliquer clairement ce que le traitement peut et ne peut pas apporter, en évitant les promesses de résultats.
Suivi du dossier : les retours, les consignes, les complications, les absences et le non-respect éventuel des recommandations par le patient doivent être documentés.
Conserver des enregistrements photographiques et des examens lorsque cela est pertinent : en particulier dans les procédures dans lesquelles l'évolution visuelle est pertinente, en respectant toujours les autorisations nécessaires.
Documenter la gestion des complications : face à un problème, il est essentiel de consigner l'évaluation réalisée, les mesures adoptées, les références et l'évolution du patient.
Pensez à une assurance responsabilité civile professionnelle : selon les conditions contractées, ce type de couverture peut aider à couvrir les dépenses liées à la défense et à toute éventuelle condamnation ou règlement.
La conduite face à une plainte compte également
Lorsqu’un patient exprime son insatisfaction ou dépose une plainte, la réaction du professionnel doit être prudente.
Les discussions via des messages, les réponses impulsives sur les réseaux sociaux ou les promesses faites sans évaluation adéquate peuvent aggraver le problème.
La chose la plus sûre est de maintenir une communication respectueuse, de conserver les dossiers de service, de rassembler des documents et de demander des conseils juridiques en cas de plainte officielle ou lorsque la situation présente un potentiel de conflit.
Dans certaines situations, une communication adéquate peut aider à clarifier ce qui s’est passé et à éviter que l’insatisfaction ne se transforme en litige juridique.
Tous les mauvais résultats ne sont pas des erreurs, mais chaque cas mérite une analyse
La discussion sur l’erreur médicale nécessite un équilibre.
Il n’est pas correct de considérer que tout résultat non désiré représente automatiquement un échec professionnel. De même, il ne faut pas présumer que chaque complication est inévitable simplement parce qu’elle fait partie des risques possibles d’une procédure donnée.
Chaque cas doit être analysé individuellement.
Quels étaient les risques encourus ? Le patient a-t-il été correctement informé ? La conduite adoptée a-t-elle été conforme à ce qui était techniquement attendu ? Y a-t-il eu un suivi adéquat ? Existe-t-il un lien entre la performance professionnelle et le préjudice allégué ?
Telles sont quelques-unes des questions auxquelles il faut répondre avant de conclure s’il existe ou non une responsabilité.
Pour le patient, se renseigner et comprendre techniquement ce qui s’est passé est essentiel avant de prendre une décision. Pour le médecin, prodiguer des soins attentifs, communiquer de manière transparente et conserver une documentation adéquate sont des mesures essentielles pour démontrer la qualité des soins prodigués.
En droit médical, une analyse responsable ne doit pas seulement partir du résultat final. Il faut regarder tout le chemin qui y a conduit.
*Gabrielle Andres Brandão est avocate spécialisée en droit médical.