Par Karlyse Claudino Belli
L'intelligence artificielle n'est plus une promesse et fait partie du quotidien des hôpitaux et cliniques au Brésil. Il facilite les diagnostics, automatise les dossiers et redonne un temps précieux aux médecins. Mais, à mesure que la technologie progresse, le Congrès discute lentement du projet de loi 2338/2023, qui crée un cadre réglementaire pour l'IA et classe les systèmes par niveaux de risque. En santé, le classement est toujours à haut risque, et le débat, qui s'éternise, maintient des solutions qui pourraient sauver des vies sur un terrain juridique incertain.
En 2022, le Brésil était le deuxième pays au monde le plus touché par les cyberattaques contre les soins de santé, derrière les États-Unis, selon IBM. Les données exposées sont extrêmement sensibles et protégées par la LGPD, ce qui fait de toute violation une menace directe pour la sécurité des patients. Dans le même temps, Accenture souligne que 82 % des dirigeants du secteur testent ou envisagent déjà d’adopter l’IA, soulignant la course mondiale aux solutions qui augmentent l’efficacité et réduisent les coûts. Ignorer ce mouvement ne signifie pas seulement perdre en compétitivité : le marché mondial de l’IA dans le domaine de la santé devrait atteindre 187 milliards de dollars d’ici 2030, et le Brésil court le risque d’être exclu d’une transformation qui pourrait sauver des vies et alléger le fardeau du système de santé.
Le plus grand risque réside dans les réglementations génériques qui traitent sur un pied d’égalité les outils d’assistance et les systèmes de diagnostic autonomes. Appliquer les mêmes exigences à un robot qui prend des décisions tout seul et à un logiciel qui automatise uniquement les dossiers médicaux est une erreur qui paralyse les startups et fait fuir les investisseurs. L’Union européenne, avec l’AI Act, différencie déjà les niveaux de risque et exige une explicabilité des systèmes de décision autonomes, sans pour autant étouffer les outils d’aide. Le Brésil devrait tirer les leçons de cette expérience, au lieu de choisir le raccourci de la généralisation.
Les médecins brésiliens consacrent en moyenne 30 % de leur temps de consultation à la bureaucratie, selon la Harvard Business Review, tandis que 60 % souffrent d'épuisement professionnel, selon Fiocruz et CFM. Dans le SUS, les inégalités régionales sont aggravées par le manque de spécialistes dans des domaines critiques, un problème que les projets de l’OPS aggraveront d’ici 2030. Dans ce scénario, les outils de dépistage automatisés, la gestion des examens et le soutien administratif ne sont pas un luxe : ce sont des moyens d’alléger la surcharge, de libérer du temps médical et de réduire les inégalités. Arrêter son adoption au nom d’une prudence mal calibrée revient, en pratique, à compromettre la santé de millions de Brésiliens.
Certains préconisent des règles strictes comme seul moyen d’éviter les préjugés et de protéger les patients. Mais il y a un risque invisible dans cette logique : celui de geler les avancées qui pourraient accroître l’efficacité des soins complémentaires, réduire les files d’attente au SUS et élargir l’accès à des soins de qualité. Des startups brésiliennes développent déjà des solutions prometteuses dans ce domaine. Si le cadre réglementaire n'est pas adapté à la réalité du pays, ces entreprises risquent de perdre en compétitivité et de migrer vers des marchés plus agiles et prévisibles.
Le Brésil ne peut pas se permettre de gâcher ce moment. La réglementation est nécessaire et urgente, mais elle doit être faite avec intelligence et équilibre. Le choix n’est pas entre sécurité et innovation, mais entre un cadre juridique qui inspire confiance ou une loi générique qui tue la créativité. Chaque mois d’inaction ou de prudence excessive revient à tenir les patients et les médecins en otage d’un système déjà surchargé. Protéger les vies et les données est une obligation, mais étouffer l’innovation est un choix, un choix que le pays ne peut pas faire.
*Karlyse Claudino Belli est chef des affaires et des données chez iHealth, une société du groupe DoctorAssistant.ai.