Péjotisation de la santé au Brésil : impacts sur la gestion hospitalière

Par Arcênio Rodrigues da Silva

La dernière décennie a produit une mutation structurelle dans les relations de travail dans le secteur de la santé brésilien. Le remplacement de la relation CLT par la passation de contrats via des entités juridiques – pejotização – a cessé d’être périphérique et a commencé à occuper une position centrale dans le fonctionnement des hôpitaux publics, des entités philanthropiques, des organisations sociales et des institutions privées.

Il ne s’agit pas d’une innovation ponctuelle, mais d’une réorganisation du régime juridique du personnel soignant, motivée par des facteurs économiques, fiscaux et opérationnels qui ont poussé le modèle traditionnel jusqu’à ses limites. Le sous-financement du SUS, le retard dans le tableau des procédures, l'augmentation de la demande, le vieillissement de la population, l'incorporation de technologies coûteuses et la pénurie de professionnels dans des domaines critiques ont fait de la rigidité de la relation CLT un obstacle concret à la continuité des soins.

Dans ce contexte, la péjotisation est apparue comme un instrument de flexibilité managériale. En réduisant les coûts fixes, en simplifiant le recrutement et en permettant une recomposition agile des plannings, elle est devenue stratégique dans des domaines sensibles comme l'urgence, la réanimation, l'anesthésie, l'imagerie diagnostic et la haute complexité. Dans de nombreux hôpitaux, notamment liés au SUS, la structure actuelle serait difficilement viable avec les seuls contrats CLT.

Mais le phénomène n’est pas seulement institutionnel. Elle répond également à la logique professionnelle de la médecine contemporaine, marquée par des liens multiples et des actions simultanées sur différents fronts. La personne morale offre une plus grande autonomie, flexibilité et efficacité fiscale, permettant l’organisation de l’activité selon une logique commerciale. Pour de nombreux médecins, cela ne représente pas une précarité, mais un accroissement de la liberté économique.

Cela n’élimine pas la tension juridique. La Constitution protège simultanément la libre entreprise et la dignité du travail. La jurisprudence du Tribunal fédéral (STF) a reconnu une plus grande liberté contractuelle et la légalité des modèles flexibles, y compris l'externalisation des activités centrales. Cette liberté n’autorise cependant pas une dénaturation artificielle des relations de travail.

A ce stade, le Conseil du travail fonctionne avec le principe de la primauté du réel : la forme ne prévaut pas sur les faits. Même dans le cas d'un contrat entre personnes morales, il y aura une relation de travail si la personnalité, l'habitude, la lourdeur et la subordination sont présentes.

La distinction centrale se situe entre l’autonomie technique et l’autonomie juridique. Le médecin jouit d'une indépendance clinique, mais cela n'implique pas une autonomie contractuelle. S'il y a contrôle des équipes, hiérarchie rigide, présence obligatoire, exclusivité pratique, insertion structurelle et dépendance économique, la relation peut être requalifiée devant le tribunal.

Les risques sont importants : reconnaissance rétroactive de l'emploi, charges sociales, FGTS, obligations fiscales, amendes et actions collectives, avec le potentiel de générer des impacts financiers importants et de compromettre la pérennité des institutions. Par conséquent, le débat actuel ne porte plus sur la légalité de la pejotização, mais sur la manière de la structurer de manière valable. Cela nécessite le respect du travail, la gouvernance contractuelle et la cohérence entre le contrat et la pratique. Il est nécessaire de définir le champ d’application, d’éviter la subordination typique, de préserver l’autonomie des prestataires et de répartir les risques de manière appropriée.

Bref, il ne suffit pas de formaliser un contrat PJ ; il est nécessaire d’établir une relation commerciale efficace. Le secteur de la santé est confronté à un point d’inflexion : trouver un équilibre entre le besoin de flexibilité opérationnelle et l’obligation d’éviter une précarité déguisée. Cet équilibre sera déterminant pour la viabilité juridique et financière du système. La Pejotização a cessé d’être une question de travail isolée et est devenue au cœur des discussions sur la gouvernance, la réglementation et la politique de santé publique au Brésil.


*Arcênio Rodrigues da Silva est surintendant juridique et conformité à la Fundação Zerbini.